Publié par : monie | 5 novembre 2007

Petite note de notre ami Patxi

Disparition de la justice sociale, dépendance économique, perte de souveraineté politique.
On peut expliquer certaines régressions de certains pays de mille manières, angles, points de vue possibles.

Mais tout de même, cette puissance mondiale que fut l’Argentine, sa classe moyenne, solide, son niveau d’inégalité plutôt raisonnable par rapport à d’autres pays européens, il y a de bien lointaines décennies de cela, qu’est elle devenue ?

On peut ergoter à l’infini. Pour ma part, je n’en sais foutre rien. Ma responsabilité première à moi, citoyen gascon, français, européen c’est m’intéresser à mon environnement direct, et essayer de contribuer à changer les choses qui ne me semblent pas justes.
Mais pour autant, je me sens le loisir de réflechir sur ces sociétés d’amérique latine qui m’ont toujours accueilli les bras ouverts.
Leurs grandeurs.
Et leur face obscure.

En ce sens, il y a un trait culturel qui pour moi est au cœur de tout, et que l’argentin partage avec le venezuelien, gavé de pétrole ou le libanais de beyrouth, gavé de business. C’est la viveza, la viveza criolla, mélange d’astuce malhonnête, débrouillardise faite de repli individualiste,d’opportunisme, de corruption éthique, d’affranchissement systématique des règles qui fixent le Bien commun, l’intérêt général, de création permanente d’exceptions. Omnisprésente, insupportable, cette viveza est le vrai problème, à la fois cause et conséquence de nombreux problèmes structurels su pays.

Certaines phrases, aphorismes révèlent cette putain de viveza criolla:

· “El vivo vive del zonzo, y el zonzo de su trabajo”

· Le vivo/ptit malin vit du couillon, le couillon de son travail

· “Yo, argentino”: le début de l’affranchissement de règles universelles, de principes pour se cacher derrière un prétexte nacional ou une particularité nationale fallacieuse

· La “mano de Dios” de maradona contre les anglais, la tricherie glorifiée, on les a bien niqués. Et on revendique..manque de panache éhonté..

· “Madrugar antes de que te madruguen”. Se lever tôt avant qu’ils te couchent tôt.

· Ca veut dire agir vite, pour tromper les autres. Surprendre, taper le premier, paralyser l’autre. Qu’il n y ait pas de riposte possible.

· “al que madruga Dios lo ayuda” y “no por mucho madrugar amanece más temprano” : dieu l’aide

· “Si uno no joroba, lo joroban.” Intraduisible

· El “caballo del comisario”, pronunciada con comprensión para referirse a una persona con “cuña”, a favor de quien se realiza cualquier arbitrariedad.

· “Siempre primero yo”, Moi d’abord, même si je dois pour cela écraser les autres

· “Total, si no robo yo, robará otro” : au final, si c’est pas moi qui vole, ce sera un autre.

· “A mí nadie me ganará de mano” …on me chopera jamais..

· “El fin justifica los medios”. Machiavel au quotidien

· “Los de afuera son de palo”. La corruption génère des bénéfices, ceux d’en dehors sont un problème en bois.

· “Hecha la ley, hecha la trampa”: la loi sécrète la tromperie

Aphosimes tirés d’une analyse dont j’ai perdu l’adresse…

Vous fais signe quand je la retrouverai.

PATXI



Réponses

  1. Voilà Patxi, la note est postée.
    Je l’ai copiée collée telle quelle, si tu souhaites faire des modifications ou des ajouts, fais le nous savoir.
    Je t’ai envoyé une invitation pour être auteur si tu le souhaites.

  2. Je trouve que cela ressemble à l’esprit du milieu mafieux des années 50; d’ailleurs il serait intéressant si quelqu’un connait l’italien, de savoir s’il n’y existe pas les expressions pendantes

  3. Ah, les français et leur paternalisme bon enfant… je vous prendrais bien au sérieux si je n’ avais pas vu dans le métro parisien d’innombrables petits malins se faufiler dans les voies de sortie, ou carrément sauter impunément les tourniquets (ce que je n’ai jamais vu à BA), si je n’avais pas vu à la une des journaux les innombrables affaires sous le règne de M.Chirac… et je m’en passe. Un examen de conscience s’impose avant d’élaborer une théorie sur la viveza criolla, sorte de malédiction qui n’accablerait que l’hémisphère sud… Je me permet d’ajouter un aphorisme à votre liste: ” Y por casa como andamos?”.

  4. Vittorio comparons ce qui est comparable, le Mexique n’a pratiquement plus d’eau potable en grande partie à cause de la corruption. En Argentine tu donnes le bon billet à la bonne personne tu obtiens tes papiers en une semaine sinon au mieux tu attends 6 mois.
    La corruption et l’incivisme entre la Fance et l’Argentine sont deux choses totalement incomparable.
    Les affaires qui sortent en France ne sortent pas ici parcequ’elles sont “normales”, l’Amérique du sud est pauvre à cause de ce fléau et principalement à cause de ce fléau et je pense que les pays d’occidents ont là une énorme responsabilité,jouant le rôle de corrupteur actif.
    Pour ce qui est du métro, en France il n’y a pas un flic devant chaque tourniquet et parfois on saute un tourniquet pour ne pas sortir sa carte orange.

  5. Voilà que tout s’explique, M. Dulconte: la corruption a rendu pauvre l’Amérique du Sud, et les “pays occidentaux” ont leur part de responsabilité, jouant le rôle de “corrupteur actif”(?)…
    Et moi qui croyais que l’Argentine faisait partie de l’Occident!
    Ben non c’est vrai, on descend des incas et des aztèques nous… qui eux bien sûr étaient tout à fait corrompus… ça doit être génétique alors!

  6. T’es un rigolo, tu me fais penser à ces gens qui parcequ’on ose témoigner de ce qu’on voit te balancent à la gueule tu n’es pas d’ici tu ne peux donc pas comprendre.
    Ca n’a rien de génétique, ne me fait pas dire ce que je ne dis pas!
    Par contre c’est tout à fait culturel et que les latino-americain le veuillent ou non, on retrouve les mêmes problèmes (problèmes qui existaient dans l’espagne de Franco) du nord du sud du continent!
    Ces problèmes s’appellent corruption, nationalisme fanatique et ridicule, mon voisin est de la merde et fait tout pour m’enculer, il suffit de discuter avec un argentin et un chilien ou un bolivien et un péruvien etc… pour se rendre compte de ça en 5 minutes, mais aussi les gaudillos qui règnent toujours sur leurs petits peuples, même quand ils sont élus ou encore un populisme féroce.
    Et les argentins, dont le pays est plus “développé” (que je déteste ce terme) que d’autres pays de la région n’en a pas moins les mêmes tares. Ça n’a rien d’un jugement mais d’une simple constations.
    Alors évite de d’enrober dans ta dignité ou le drapeau argentin et n’invente pas entre les lignes merci!

    ps: Si je vis en Argentine c’est que je préfère vivre là qu’en France bien que je n’apprécie pas vraiment d’attendre 9 mois un papier qui m’est essentiel pour ne pas être emmerder et que je sais que je l’aurai en 5 minutes en filant le bon billet à la bonne personne, bien sur ce n’est qu’un cas isolé!

  7. Je n’ai pas vocation à jouer les modérateurs, mais tout cela me semble un peu excessif Dul.
    Si je ne me trompe pas, Victor (Vittorio ici) a déjà commenté sur mon blog et sa connaissance du pays est indéniable, il est, je crois, franco-argentin et vit au Canada après s’être fait prendre, comme beaucoup, par le corralito.
    Ce qu’a voulu démontrer Patxi dans son article et ce qui en ressortait, c’est qu’il y a, entre la corruption bien réelle elle aussi en Europe et ce qu’on côtoie en Amérique latine une différence de nature plus qu’une différence de degré.
    C’est un point de vue que je partage, mais Victor n’est pas obligé de le faire et peut y mettre les bémols qu’il veut.
    Il y avait aussi un peu de provocation dans le billet et tout naturellement Victor l’a repris à son compte.
    Il ne fallait pas tomber dans le piège.
    De là à se laisser aller, il y a un pas que je ne saurai franchir.
    Le coeur d’un expatrié bat toujours un peu différemment pour son pays.
    Comme le disait Julio Cortazar :
    Maintenant, depuis que suis en France, je me sens bien argentin.

    C’est la même chose pour Victor.

  8. Je ne remets pas en question sa connaissance du pays et je me doute bien qu’il est argentin, sinon il n’aurai jamais réagit de la sorte.

    Je suis excessif, c’est un fait. Par contre ce genre de discours je l’ai entendu partout ou j’osais émettre une opinion négative sur ce que je voyais.
    Je me suis fait traité de menteur en Israël car j’ai osé dire qu’il y avait des plantation d’orangers à Jafa avant l’existence d’Israël . Je me suis fait insulté à Caracas car j’ai osé dire que ce n’était pas une belle ville comparé à bien d’autres au Mexique ou à Cuba, j’ai entendu des milliers de fois les péruviens dire que les boliviens avait le caca et eux le titi, il y a des millions d’exemples de ce genre et je ne les supportent plus.
    Les nationalismes m’insupportent, le chauvinismes encore plus. Alors ce genre de discours me sort pas les trous de nez.
    voilà oui je suis excessif je le sais et j’exploserai toujours face à ce genre discours et si tu me mets le nez dans ma merde, car il m’arrive aussi d’être chauvin alors je t’en remercierai mille fois.

    Et je continue à dire que le drame de l’Amérique du sud reste la corruption ! Le manque d’éducation, la violence en sont des conséquences. La corruption chez nous ne rends pas encore les gens plus pauvre ou plus inculte, mais ça pourrait venir, là je suis d’accord.

  9. Qu’on vienne pas me faire croire que Sarkozy est corrompu, hein ! Il ne pourra plus faire élire sa femme, lui, peuchère…

    PS : Comment ça j’attise le débat ?

  10. N’est-ce pas dans le but du blog de réagir et de débattre??
    Sachez que je n’ai tenu aucun propos nationaliste, je m’ en garde bien et ce n’est pas le sujet de ce billet,du reste. Mais ceci dit en passant, le faux nationalisme ou chauvinisme (M. Nicolas Chauvin n’était-il pas français?) n’est pas né en Amérique Latine que je sache, et j’ai entendu traiter les allemands de “boches” les belges de “frites” et les algériens de “bougnouls”, et pas en Argentine!
    Pour revenir à la corruption, de quelque nature qu’elle soit, les latinoaméricains n’avons encore une fois rien inventé, verser des pots-de-vin est une pratique fort courante en haut lieu, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. Que cela contribue grandement à l’appauvrissement des uns et à l’enrichissement des autres, c’est indéniable. Que la corruption soit exacerbée en Amérique Latine et soit devenue une pratique courante à tous les niveaux, je ne puis le nier. Mais en faire un trait culturel propre et unique à cette partie du globe, ça non…

  11. Ce n’est pas un problème culturel, c’est un problème récurrent, quelque peu idiosyncrasique quand même, mais si on reprend l’histoire il n’y en a pas plus que sous le règne de louis XIV, ministres, fermiers généraux, etc.
    Tout cela a fini, pas la corruption, mais ce style de régime, avec la guillotine deux rois plus tard.
    Aujourd’hui, c’est différent. Ayant une bonne expérience de ce genre de coutume que curieusement les sociétés internationales et les banquiers appellent volontiers “les frais latins”, on la retrouve en Europe pour aider à financer les partis politiques dans une norme qui tourne autour de 0,5 à 2 % selon les montants et pas pour tous les contrats surtout pour le génie civil. Rarement cette vieille pratique enrichit personnellement les responsables politiques. Mais bien entendu cela arrive et se termine généralement en scandale public.
    Tout comme on trouve de temps en temps des policiers ripoux, des douaniers malhonnêtes, que sais-je, la liste pourrait être longue.
    L’impunité est rare.
    On est aujourd’hui, dans beaucoup de pays, pas seulement en Amérique latine, confronté à des problèmes beaucoup plus sérieux. Les pourcentages demandés sont énormes et généralement, il ne faut surtout pas l’oublier, pour des contrats qui sont financés sur du long terme. Cela équivaut à multiplier la dette externe et appauvrir la population d’une manière considérable.
    Les institutions sont faibles, elles dépendent pour leur fonctionnement du pouvoir de passage, les fonctionnaires sont mal formés, les meilleurs sont partis vers d’autres horizons, et chacun imite le chef, après tout il faut bien vivre.
    Pour un regard extérieur, il est vrai qu’on n’a pas toujours le réflexe de se dire : et comment avons-nous fait dans les siècles passés. N’était-ce pas la même chose ?
    Et puis il y a un autre phénomène que j’ai vu croître tout au long de ces vingt dernières années. Les responsables d’entreprises européennes, cadres ou associés, qui finissent par se dire, mais que l’affaire est bonne, pourquoi ne pas en rajouter une louche pour nous même ?
    Oui Vittorio, vous avez raison, pas trop de leçons à donner, ce qui n’empêche pas quand même de faire une photographie, un instantané du paysage que nous avons devant les yeux, et de le mettre sur une page blanche. C’est toujours effectivement subjectif et puis celui qui prend la photo est derrière l’objectif.
    C’est vrai, mais ce n’est pas un argument pour ne pas analyser la photo.

  12. merci

  13. Mr vittorio,
    ma mamie est du chili.
    ce qui va améliorer ma côte dans votre échelle d’estime à n’en point douter.
    paternalisme, oui, certainement mon genre..

    merci pour vos réactions.
    je tiens juste à rappeler que l’oeil d’un étranger sur son pays de résidence ou autre pays est toujours qq chose de salutaire.
    Il a fallu attendre les historiens américains, arabes, ppuis français, pour pouvoir comprendre Vichy et la torture en algérie par exemple.
    parfois on est trop près..et éduqué dans ce chauvinisme kitsh qui sévit du Rio Grande à Puerto Montt.
    désolé d’avoir des opinions…
    l’argument du relativisme culturel revient à reconnaite qu’il existe certaines pratiques qui sont de l’ordre du culturel, qui évoluent certes..
    aqui comme alla.
    enfin, heureusement, les colombiens et gauchos de Paris ne se privent pas de mettre en relief nos défauts nationaux, comme l’ethnocnetrisme ou la ralerie..eca oblige a reflechir, c est sain, et celui qui les rabroue pour cela n’a rien compris.
    mais avec les nationalismes mexicains, peruviens et argentins, dans l’ordre, c’est quasi impossible!
    Paz mano…
    Patxi


Répondre

Votre réponse :

Catégories